Transformer. Pardonner. Résider.

Peut être quelque chose de positif à l'horizon, mon capitaine.

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Transformer.


Dernièrement, j’ai repensé à toutes ces années de questionnements que j’avais laissé sous le tapis lorsque j’ai rencontré mon ex. Je savais que je ne me suis jamais vraiment sentie comme une femme, malgré tous mes efforts pour en être une. Ce sentiment de performance quotidien, d’apparat, de féminité. Toutes ces constructions sociales que je n’ai de toute manière jamais apprécié. Ma vie n’est pas une comédie. Cette identité que je porte a toujours été plus ou moins bancale.

Récemment, j’ai testé la testostérone - illégalement. Je sais que je peux arrêter à tout moment avant que les choses ne deviennent irréversibles. L’injection a été, disons, difficile. J’étais sur le point de tomber dans les pommes. Mon corps ne comprenait pas qu’il n’y avait aucun danger lorsque je m’injectais moi-même l’aiguille dans mon corps. Cela dit, j’ai tenu bon. Par la suite, je me suis senti bien. Je me moque désormais des attentes sociales. Je me moque de ce que l’on avait décidé pour moi. Et cette idée de laisser derrière moi la personne que j’étais me plaît plus que je ne voudrais l’admettre. En tout cas, pour le moment, je me fiche bien d’être une femme ou un homme ou ni l’un ni l’autre. Ce qui compte avant tout c’est que je m’évade d’ici. Je n’ai plus d’attaches.


Pardonner.


Avec le temps, j’y pense et y repense. Je n’ai plus envie que la haine me définisse. Je ne veux plus me battre ni réclamer réparation ou vengeance. Même pour ceux qui m’ont fait du mal - et que j’ai blessé en retour, je n’espère qu’une chose, c’est qu’ils s’épanouissent. Même si c’est très loin de moi. Même si c’est contre moi. J’ai envie de croire que peu de gens sont profondément mauvais. Pas ceux que j’ai rencontré en tout cas. Je m’efforce à le croire. Il s’agit parfois de prendre un différent chemin pour le bien de tout le monde. Encore une fois, je n’ai plus d’attaches.


Résider.


J’ai vu les flammes en face de chez moi. C’était une sensation étrange. Un danger immense, évident, juste devant mes yeux. Et pourtant, je ne ressentais presque rien, sinon une profonde lassitude. Bien sûr, personne n’a été blessé, heureusement. Autour de moi, beaucoup parlaient d’un cauchemar. De tout perdre en un instant. Je les comprends. Perdre sa maison, ses souvenirs et tout ce qui est matériel est une épreuve difficile. Pourtant, je me suis surpris à penser que, si cela devait m’arriver ici, je ne ressentirais peut-être pas la même chose. Non pas parce que cela n’aurait aucune conséquence mais parce que, depuis longtemps déjà, je n’ai plus vraiment le sentiment d’habiter cet endroit. Ni de m’attacher au choses qui y sont. J’y ai grandi. Une partie de moi y restera toujours. Mais je crois que j’ai déjà commencé à partir. Je n’ai plus d’attaches.


Et après ?


Fut un temps j’ai écris “l’esthétique de la vie, la vie comme œuvre d’art”. Que l’homme est maître de sa perception des choses. Il crée la valeur, parfois d’un rien émerge un tout s’il le décide. Sa propre valeur en tant qu’homme peut être sublimée. Il peut faire de sa vie une esthétique artistique. Je le pensais à l’époque, plutôt que se tourner vers le monde sensible, il devrait retrouver en lui la même sensibilité qu’il emploie lorsqu’il contemple une peinture ou une sculpture. Mais qu’en est-il lorsqu’il s’agit d’agir?

J’ai une vision légèrement plus terre à terre maintenant. J’aime à penser que notre champ d’action sur la vie est plus vaste que cela. Qu’on peut intéragir avec cette oeuvre d’art. Que nos choix ont réellement un impact sur la suite de l’histoire, que nos efforts et nos actions quotidiennes nous rendent plus doués et plus influents. Quantifier nos capacités par des points ou des étapes. Imaginer notre chemin comme diverses quêtes - principales ou secondaires. Choisir vers quoi on veut se spécialiser, quelle classe nous sied le mieux. Vivre sa vie comme un art intéractif. Quelque part gamifier sa vie. C’est assez nerd comme façon de penser, je ne le cache pas, mais ça aide à se dire que l’on progresse quelque part et que tout n’est pas totalement vain. Enfaite, cela rend même les choses beaucoup plus plaisantes à vivre. Il n’en reste pas moins que c’est une chance de pouvoir voir la vie de cette façon.

Ecoutez, j’ai écris assez de lignes déprimantes. Ce serait mentir que de dire que j’apprécie mon quotidien et que je suis de bonne humeur en tout temps. Pour autant, maintenant, j’ai de l’espoir. Je ne crois pas en Dieu, ni aux religions abrahamiques. Difficilement au karma; Malgré tout, je veux croire que les choses pourront s’arranger. Et ce n’est pas en pensant au pire ou en étant aveuglé par la colère des autres que cela arrivera. Pourquoi gâcher toute cette énergie à haïr ce que les autres nous ont fait ?

Je ne veux plus les entendre, ni les attendre. Je ne ressens plus grand chose envers eux, je ressens une certaine lassitude. Pour autant, toute cette énergie peut servir autrement. A avancer malgré tout, pour soi-même. Pour l’avenir meilleur que l’on essaye de construire. Même si on est seul dans ce processus. Et si des personnes sincères nous y aident d’une manière ou d’une autre, par des mots, de l’aide ou de l’écoute alors c’est encore mieux. Mais il ne faut pas s’attendre à ce que qui que ce soit nous y accompagne.

Ne passons pas cette vie à attendre des autres pour être déçus.

Il ne faut pas voir cela comme une tare. Pouvoir vivre seul et libre est une chance énorme. Et si on se bat pour cette liberté, alors on ne peut en être que fier.*

Voilà en gros ce que ça fait